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Chrysomèle : des solutions techniques à adapter à l'abondance des populations

La rotation est un pilier de la gestion de la chrysomèle du maïs

Le levier le plus efficace contre la chrysomèle du maïs consiste à ne plus cultiver de maïs dans la parcelle durant une année pour anéantir près de 100 % de la population. Une protection insecticide appliquée au semis peut être intéressante pour réduire les dégâts de larves et l’émergence d’adultes, mais elle ne sera jamais suffisante pour endiguer une population abondante de chrysomèle du maïs. Ces leviers techniques doivent être actionnés de façon proportionnée selon le risque de nuisibilité du ravageur, évalué grâce au piégeage des adultes durant l’été précédent.

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En cas de forte population, les larves de chrysomèle occasionnent des dommages au système racinaire du maïs, ce qui augmente l’exposition de la plante au stress hydrique et à un risque de verse. La perte de rendement est alors proportionnelle à l’abondance de larves d’une part et aux conditions climatiques d’autre part.

Les attaques les plus sévères peuvent occasionner la verse des maïs, mais les dommages peuvent également passer inaperçus. Seule l’observation des racines, de préférence autour de la floraison, permet d’évaluer l’ampleur des dégâts des larves sur racines de maïs.

Éléments de biologie de la chrysomèle du maïs et de son incidence sur la culture.

La rotation, pilier de la gestion de la chrysomèle du maïs

Le levier le plus efficace consiste à ne pas cultiver de maïs dans la parcelle durant une année. En effet, l’insecte a besoin de consommer des racines de maïs durant son stade larvaire pour accomplir son développement. En l’absence de maïs au cours du printemps qui suit les pontes (déposées l’été précédent), la quasi-totalité de la population de chrysomèle du maïs présente dans la parcelle sera anéantie. Une seule année suffit pour détruire près de 100 % de la population d'insectes et assainir la parcelle.

Lorsque du maïs sera à nouveau cultivé, des adultes de chrysomèle du maïs provenant des parcelles environnantes viendront à nouveau déposer des œufs dans la parcelle. La population augmentera d’autant plus vite que :

Ne pas cultiver de maïs durant une année est un levier efficace mais coûteux si aucune autre culture ne permet de dégager une marge économique équivalente au maïs. C’est pourquoi, cette mesure doit être mise en place en priorité dans les parcelles où les adultes de chrysomèle du maïs ont été les plus abondants l’année précédente (tableaux ci-dessous).

Recommandations techniques pour gérer la chrysomèle du maïs dans le maïs grain et le maïs fourrage en Alsace et Rhône-Alpes, en fonction du nombre d'adultes capturés sur pièges chromatiques au cours de l'année précédente.

 

* Valeur indicative. Les seuils pratiqués dans d’autres pays oscillent entre 5 (aux USA sous conditions pluviales) et 10-15 adultes/piège/jour (en Italie sous conditions d’irrigation non limitantes). Ces valeurs restent à préciser pour les différents contextes pédoclimatiques rencontrés en France.
** Une protection insecticide appliquée au semis peut éventuellement être mise en œuvre pour réduire le nombre d’adultes qui émergeront de la parcelle. Dans le cadre de la protection contre la chrysomèle du maïs, la protection insecticide n’est pas justifiée pour la culture de maïs de l’année N si la culture de l’année N-1 n’est pas du maïs.

Recommandations techniques pour gérer la chrysomèle du maïs dans le maïs grain et le maïs fourrage ailleurs qu'en Alsace et Rhône-Alpes, en fonction du nombre d'adultes capturés sur pièges à phéromone au cours de l'année précédente.

 

La protection insecticide au semis : un complément parfois utile

L’application d’une protection insecticide au semis du maïs peut être intéressante dans les situations où l’abondance de population de chrysomèle du maïs était importante l’année précédente mais néanmoins inférieure à 5 adultes capturés par piège chromatique et par jour de surveillance. Lorsque ce seuil est dépassé, une protection insecticide ne sera plus suffisante et mieux vaut substituer le maïs par une autre culture.

En situation de faible infestation où il n’y a pas de risque de dommage économique (moins de 0,5 adulte capturé par piège et par jour), une protection insecticide spécifique sur cette cible ne sera pas rentabilisée car elle ne procurera pas de gain de rendement (sauf si la protection insecticide permet de protéger contre un autre ravageur que la chrysomèle du maïs).

Des différences entre produits insecticides

Pour rappel, l’application d’une protection insecticide au semis du maïs vise deux objectifs : réduire les dégâts des larves sur les racines du maïs pour l’année N et limiter l’abondance d’adultes qui émergeront de la parcelle pour abaisser la population de larves dans la parcelle et les parcelles environnantes en année N+1.

Concernant la réduction des dégâts des insectes sur racines l’année N, les essais menés en Italie en 2019 puis en Alsace depuis 2023 ont mis en évidence une efficacité de l’ordre de 40 à 80 % selon les insecticides appliqués au semis. Cela s'est traduit dans nos essais par un gain de rendement de 16 à 22 q/ha en Alsace (soit + 10 à + 20 %) pour la meilleure modalité testée (figure ci-dessous).

À noter que ces essais alsaciens ont été conduits en situation irriguée : la perte de rendement pourrait être bien plus élevée en cas de stress hydrique plus important.

En ce qui concerne la réduction du nombre d’adultes émergents de la parcelle, les essais réalisés en Alsace montrent des efficacités de l’ordre de 70 % pour le Force 1.5G (12,2 kg/ha), 38 % pour le Belem 0.8MG (12 kg/ha) et 53 % pour Force 20CS (traitement de semences). Ces résultats confirment l’intérêt de la protection insecticide appliquée au semis sur la réduction de population, avec néanmoins des différences selon la solution insecticide appliquée.

La protection insecticide appliquée au semis peut contribuer à limiter partiellement l’accroissement de population de chrysomèle du maïs. Cet effet peut s’avérer intéressant dans le cas d’une population déjà significative sur la parcelle, c’est-à-dire lorsque les niveaux de captures sur pièges chromatiques se rapprochent des seuils de risque. Mais aucune protection insecticide appliquée au semis ne sera suffisante pour endiguer une population abondante de chrysomèle du maïs.

Intérêt d'une protection insecticide appliquée au semis sur les dégâts observés sur racines, sur le nombre d'adultes ayant émergé et sur le rendement. (©Arvalis)
Stratégie de lutte contre la chrysomèle du maïs dans les secteurs où les populations sont abondantes. (©Arvalis)

Auteurs : Jean-Baptiste Thibord, Florence Binet, Ophélie Boulanger (Arvalis). 

 

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